Un extrait du dernier livre de Bigard, qui m'a laissé une drôle d'impression. Toujours ce sentiment que celui qui parle ne peut pas être cet humoriste "grossier". Trop de sensibilité, de souffrance, de foi. Plusieurs passages ont pourtant fait écho en moi. J'aime beaucoup les deux-là, surtout la dernière phrase. Triste, certes, mais tellement bien exprimée.
On ne se voit plus. On préfère se perdre de vue. [...] Quand par hasard on se rencontre, on se regarde les chaussures, on évite soigneusement de croiser les yeux de l'autre pour ne pas éclater en larmes là, comme des cons, au coin de la rue. À quand remonte la dernière fois qu'on s'est pris dans les bras ? [...] Comme si se toucher, s'embrasser, c'était se remémorer combien on était heureux sous le même toit. Combien on s'aimait. Ce temps-là a été trop radicalement anéanti pour qu'on y retourne.
[...]
J'avais gagné, j'étais le premier, mais pour qui, pour quoi ? Les seuls dont j'aurais voulu sécher les larmes de joie cette nuit-là, les seuls qui avaient vraiment mérité leur victoire, c'était eux. [...] Quand je pense à cela, brusquement, je n'ai plus envie de faire le guignol, je n'ai plus envie de rien, elle me tombe des mains, la vie.
Jean-Marie Bigard